Nous rendons-nous bien compte de ce que les jeunes (entre 15 et 25 ans) vivent et de surcroît de ce qu'ils vivent
aujourd'hui ?
Le jeune fait face à des changements majeurs auxquels il n’est pas nécessairement bien préparé. Les familles ont fait ce
qu'elles ont pu, mais elles ne connaissent pas si bien leurs jeunes qu'elles le voudraient. C'est frustrant, mais de ce fait, il
est difficile de trouver le bon échange qui les convaincront de prendre les conseils expérimentés sur le champ ! Les
jeunes, à cause de leurs expériences de vie plus courtes, ont des stratégies d’adaptation bien moins nombreuses que
celles des adultes. Ils doivent apprendre à s’affranchir de la dépendance affective et matérielle de l’enfance, tout en ayant
besoin de se faire des amis pour surtout ne pas être seuls. Pour ne pas cumuler les difficultés, ils doivent être à tous prix
dans la bonne moyenne en tout : “prendre de la maturité” et savoir faire, dans presque toutes les dimensions de vie
(famille, école, relations amoureuses, amicales, développement moral et civique, choix d'une formation ou d'un avenir,
etc). Ils vivent parfois des pertes importantes : séparation ou divorce des parents, conflits personnels, perte d'un proche,
perte d'une partie d'une partie de leurs enfances sans mots pour l'exprimer...Ils sont exposés quotidiennement à des
messages décourageants: celui d’un avenir sans débouché et sans perspective d’emploi, d'une concurrence à l'intelligence
dîplomante. Alors posons-nous la question : nous rendons-nous vraiment compte de leur impossibilité à accueillir autant
de messages, d'exigences, avec une vie encore trop courte pour tout comprendre et à temps ? Non sans doute. Mais nous
ne pouvons rien faire ! C'est l'évolution sociale dirons-nous ! Si les aider dans ce qui vient d'être décrit nous semble une
tâche démesurée, un costume trop grand, une mission trop lourde, dans ces conditions concentrons-nous au moins sur
celle qui vient tout juste d'arriver. Commençons par elle ! Laquelle ?
Aujourd'hui vient s'ajouter une difficulté nouvelle, supplémentaire : la vie du jeune est touchée par la réduction massive
de la rencontre des autres. Le temps libre, ensemble, à l'extérieur, est réduit (confinement oblige). Le rassemblement par
les activités sportives est sous contrôle restrictif (gestes barrière obligent). Les regroupements chez les parents des
copains sont anoncés comme “déplacés” (confinement oblige). A l'aune de nos préoccupations légitimement
“prioritaires” (professionnelles, économiques, sanitaires), nous pensons qu'ils peuvent bien attendre. Après tout, leurs
manques du contact avec les autres est un manque “de confort” pourrait-on dire ! Et le souci du luxe, assurément, c'est
pour plus tard ! Mais c'est une lourde erreur que nous faisons. Leur développement cérébral a besoin de rencontre, de
sociabilité, de choses à venir, d'un “faire ensemble” ; surtout chez ceux qui sont déjà, sinon isolés, du moins réservés, mal
assurés (donc 80 %). Pour eux les sms ne suffiront pas à sentir qu'ils ont un avenir à venir, c'est-à-dire simplement la
perspective de se sortir de ce qui ne va pas. Aujourd'hui, nul besoin d'être dans une famille violente pour risquer de
glisser vers des idées sombres. Il suffit seulement d'aller mal avant et devoir ensuite à vivre le confinement...
Que faire ? Des associations se soucient d'expliquer aux parents comment leur parler de manière plus adapter, comment
repérer leurs idées dépressives voire plus...Cependant nous avons trop souvent peur de ce que ces associations soulèvent
comme problématiques réèlles et graves chez les jeunes. Nous n'allons pas longtemps voir leurs sites. Nos jeunes
semblent aller mieux que ceux décrits de manière alarmante. Alors pour aller vers lui sans nous décourager trop vite,
commençons par les moyens que l'on peut tous adopter.
Prenons le temps de comprendre sa perception. Renoncons un peu à vouloir analyser, comparer la situation qu’il évoque.
Évitons de poser trop de questions. Respectons les silences et le rythme de ses paroles. Prenons-le au sérieux.
Exprimons-nous calmement durant nos échanges avec lui. Evitons de juger ou de faire la morale. Ne minimisons pas ce
qu’il vit, évitons les clichés : « Voyons, un de perdu, dix de retrouvés ! », « il y a des gens qui ont vécu des choses pires
que ça tu sais !”, “Prends-toi en mains et ça ira !”.
Et surtout, acceptons que même si notre famille va bien, lui, peut aller moins bien. Même si notre famille n'a pas de
problème réccurrent, un professionnel est toujours à notre disposition pour parler de notre adolescent.
La solution n'est pas toujours de le conduire chez un professionnel de l'écoute ou un thérapeute. Essayons en premier de
réaliser qu'il n'y a rien de pathologique ni d'anormal à vouloir, nous-mêmes, parler de lui à un tiers !
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